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Translation of the week: Rivarol on the philosophes

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Since in philosophy the spirit of analysis is pre-eminent, its new disciples have used solvents and decomposition throughout. In physics, they find only objections against the Author of nature; in metaphysics, only doubts and subtleties; morals and logic provide them only with declamations against political order, religious ideas, and the laws of property; they have aspired to nothing less than universal reconstruction through universal revolt, and without realizing that they were themselves in the world, they have pulled down its columns.
How could they not have seen that their analyses were methods whose origin lay in the human mind, and were not nature’s way? that in nature, all is relation, proportion, harmony, aggregation? that nature continually binds, assembles, and compounds, even as it decomposes, because its laws never sleep, while the man who analyzes, whether as chemist or reasoner, can only observe and suspend, decompose and kill?
Rivarol
Rivarol, from a portrait by Wyrsch, 1784; in André Le Breton, Rivarol, sa vie, ses idées, son talent […] (Paris: Hachette, 1895), frontispiece
What would one say of an architect who, given the task of raising an edifice, broke the building-stones so as to find in them salts, air, and a terreous base, and offered us an analysis instead of a house? The prism as it dissects the light ruins for us the spectacle of nature.
Still they believed—these philosophers—that to define men was a greater thing than to reunite them; that to emancipate them was greater than to govern them, that to excite them, finally, was greater than to make them happy. They overturned States to regenerate them, and dissected living men to know them better.
It was in vain that Plato (Greece, too, suffered the irruptions of this philosophy) said to them that it was for them to make verses and music, but only to talk about doing so, since their philosophy was merely discursive; it was in vain that Zeno held that the true philosopher is nothing but an good actor, equally fit for the role of king or subject, master or slave, rich or poor: for indeed it is a true philosophy to do everything well, and to find nothing bad; in vain, I say, were men advised on the nature and the difference of the two philosophies; in every head a change had occurred that prepared the revolution of which the philosophers abruptly became the promoters, guides, and victims, a revolution in which they thought that the natures of all things could be altered without destroying any, that all could be destroyed without peril, that mankind could be put at risk without committing any crime.
Original text:
<163> Comme c’est éminemment l’esprit d’analyse qui domine dans la philosophie, ses nouveaux disciples ont employé partout les dissolvants et la décomposition. Dans la physique, ils n’ont trouvé que des objections contre l’auteur de la nature; dans la métaphysique, que doute et subtilités; la morale et la logique ne leur ont fourni que des déclamations contre l’ordre politique, contre les idées religieuses et contre les lois de la propriété; ils n’ont pas aspiré à moins qu’à la reconstruction du tout par la révolte contre tout, et, sans songer qu’ils étaient eux-mêmes dans le monde, ils ont renversé les colonnes du monde.
Comment n’ont-ils pas vu que leurs analyses étaient des méthodes de l’esprit humain, et non un moyen de la nature? que, dans cette nature, tout est rapport, proportion, harmonie et agrégation? qu’elle lie, rassemble et compose toujours, même en décomposant, car ses lois ne dorment jamais, tandis que l’homme qui analyse, soit comme chimiste, soit comme raisonneur, ne peut qu’observer et suspendre, décomposer et tuer ? Que dire d’un architecte qui, chargé d’élever un édifice, briserait les pierres pour y trouver des sels, de l’air et une base terreuse, et qui nous offrirait ainsi une analyse au lieu d’une maison ? Le prisme qui dissèque la lumière gâte à nos yeux le spectacle de la nature. <…><164>
Ils ont cru cependant, ces philosophes, que définir les hommes, c’était plus que les réunir; que les émanciper, c’était plus que les gouverner, et qu’enfin les soulever, c’était plus que les rendre heureux. Ils ont renversé des États pour les régénérer, et disséqué des hommes vivants pour les mieux connaître.
C’est en vain que Platon (car la Grèce avait souffert aussi des débordements de cette philosophie) leur avait dit que ce n’était point à eux à faire des vers et de la musique, mais d’en parler, puisque leur philosophie était discoureuse; c’est en vain que Zenon avait prononcé que le vrai philosophe n’est qu’un bon acteur, également propre au rôle de roi et de sujet, de maître et d’esclave, de riche et de pauvre : car, en effet, il est de la vraie philosophie de faire tout bien, et non de trouver tout mal ; c’est en vain, dis-je, que les hommes étaient bien avertis sur la nature et la différence des deux philosophies : il s’est fait dans toutes les têtes un changement qui a préparé la révolution dont les philosophes ont été brusquement promoteurs, guides et victimes, révolution dans laquelle ils ont pensé qu’on pouvait dénaturer tout sans rien détruire, ou tout détruire sans péril, et hasarder le genre humain sans crime.

LinkOctober 2, 2009 in History of Philosophy · Literature · Reading Notes